Publié le 13 octobre 2026 – Mis à jour le 13 octobre 2026
le 13 octobre 2026

Motion du Conseil de l’Institut de Psychologie de Lyon pour la défense du service public de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche

13 octobre 2026

Le Conseil de l’Institut de Psychologie de Lyon (IPsyL) affirme son soutien à la mobilisation lycéenne et étudiante visant la défense du service public de l’éducation. Les difficultés dénoncées dans les lycées — manque de personnels, dégradation des bâtiments, conditions d’enseignement et d’étude insatisfaisantes — trouvent un écho direct au sein des universités. Elles appellent une réponse politique et budgétaire à la hauteur des besoins qui rompe avec l’adaptation continue de nos établissements à la pénurie.
Les difficultés de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur s’inscrivent dans une fragilisation plus générale des services publics. L’insuffisance des moyens, l’érosion des rémunérations et la précarisation des emplois réduisent l’attractivité des métiers, compliquent les recrutements et la fidélisation des personnels, et dégradent la qualité du service rendu aux usagers. Il en résulte notamment un déclassement progressif du pays sur différents indicateurs internationaux (tests PISA, poids scientifique de la France sur la scène mondiale…).
Dans la fonction publique, les périodes prolongées de gel du point d’indice et les revalorisations insuffisantes au regard de l’inflation ont profondément fragilisé les rémunérations. Le recours à une indemnité différentielle pour porter certains traitements au niveau du SMIC illustre le décrochage des grilles salariales et ne saurait tenir lieu de politique de rémunération, ni répondre à l’exigence de reconnaissance des qualifications, des responsabilités et de l’expérience professionnelle.
Au sein des universités, du fait du manque récurrent de moyens pour l’enseignement comme pour la recherche, de recrutements insuffisants, et d’un recours durable aux emplois précaires, les équipes administratives et pédagogiques sont à bout de souffle et le turn-over une norme. La pénurie de moyens humains et financiers affecte directement les étudiants : conditions d’accueil dégradées, groupes surchargés, moindre disponibilité des personnels.
Pourtant, la qualité de nos services publics d’éducation, de formation et de recherche détermine la capacité du pays à réduire les inégalités, à produire des connaissances, à développer l’esprit critique, à permettre l’émancipation individuelle et collective, et à répondre aux défis sociaux, techniques, sanitaires et environnementaux. L’affaiblissement du service public d’éducation, de formation et de recherche revient incidemment à compromettre durablement notre avenir collectif. A l’inverse, l'augmentation des moyens alloués à la formation et à la recherche permettrait une véritable égalité des chances entre les étudiants, puisqu’ils pourraient dès lors étudier dans des conditions optimales quelle que soit leur université ou école de rattachement, privée ou publique.
Les contextes politique, budgétaire et géopolitique actuels compliquent évidemment les arbitrages nécessaires en matière de répartition de la dépense publique. Cependant,
l’amputation systématique du budget des services publics n’est pas la seule stratégie de sortie de crise envisageable et il est urgent de mettre en oeuvre des politiques publiques qui permettent :
  • d’inscrire au prochain budget national un réengagement financier massif et durable dans l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et la recherche ;
  • des financements permettant aux établissements de couvrir leurs charges, d’entretenir et d’adapter leurs bâtiments, et d’améliorer effectivement les conditions d’accueil, d’enseignement et d’accompagnement des étudiants ;
  • un plan de recrutement de personnels titulaires, enseignants, enseignants-chercheurs et personnels administratifs, techniques et de soutien, à la hauteur des besoins de formation et de recherche ;
  • le dégel et une revalorisation significative du point d’indice des fonctionnaires, accompagnés de mesures de rattrapage des pertes de pouvoir d’achat accumulées et d’une amélioration des grilles de rémunération ;
  • une augmentation significative de la rémunération des vacations administratives et pédagogiques indispensables au fonctionnement des établissements faute de recrutements suffisants de personnels titulaires ;
  • un renforcement substantiel des financements récurrents des laboratoires et un rééquilibrage du financement de la recherche, afin de sortir de la dépendance aux appels à projets qui mobilisent un temps considérable éloignant les personnels de la recherche elle-même.
En tout état de cause, les étudiants doivent pouvoir participer au mouvement social sans être contraints de choisir entre leur engagement et la poursuite de leur formation. Dans cet esprit, l’IPsyL organise dans la mesure du possible une continuité pédagogique adaptée, en mettant à la disposition de ses étudiants les ressources nécessaires à un travail autonome et asynchrone : supports de cours, textes, exercices et enregistrements des enseignements lorsqu’ils sont dispensés en ligne. Ce recours temporaire aux outils numériques ne constitue ni une préférence pour l’enseignement à distance, ni une justification des fermetures de campus. Il vise à limiter les conséquences des perturbations sur les parcours de formation. Il ne saurait davantage se substituer aux échanges, aux réunions et à la vie collective qui font de l’Université un lieu de formation, de débat et d’exercice des libertés.
Le Conseil de l’IPsyL appelle les autres composantes et établissements à soutenir ces orientations et à porter ensemble l’exigence d’un réengagement de l’État. Il demande aux pouvoirs publics d’entendre les alertes de la jeunesse et des personnels, et d’y répondre par des engagements concrets. La mobilisation actuelle ne doit pas être traitée comme une difficulté passagère de fonctionnement : elle exprime une inquiétude profonde quant à l’avenir des services publics d’éducation. La communauté universitaire ne peut plus être sommée de préserver indéfiniment la qualité de ses missions avec des moyens insuffisants. Former la jeunesse, soutenir les personnels et garantir une recherche publique ambitieuse constituent une même responsabilité collective.

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